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Un oratorio politique

Museor
30 janvier, 2005

Alessandro SCARLATTI (1660-1725)

Sedecia, Re di Gerusaleme

Oratorio en deux parties, livret de Filippo Ortensio Fabbri.

Gérard Lesne (Sedecia), Virginie Pochon (Anna), Philippe Jaroussky (Ismaele), Peter Harvey (Nabucco), Mark Padmore (Nadabbe).

Il Seminario Musicale, dir. Gérard Lesne.

2 CDs, Virgin Veritas, 2001.

Pour un oratorio, Sedecia a tout de l’opéra. L’absence de choeur, les innombrables airs de bravoure, l’ambiance martiale puis pathétique de l’oeuvre confirment ce que laissait pressentir une partition aux timbales et trompettes rutilantes.

Gérard Lesne est au mieux de sa forme et se taille la part du lion avec son incarnation magnifique du rôle-titre. A ses côtés, les autres solistes se surpassent. On remarque notamment les débuts prometteurs du très jeune Philippe Jaroussky, sans citer les belles performances de Peter Harvey et Mark Padmore, habitués de ce répertoire et toujours aussi excellents.

Il Seminario Musicale imprime sa touche personnelle à l’œuvre : basse continue très proéminente, rafales de clavecin, rapidité de l’exécution, légèreté (très) grinçante du coup d’archet. Dès les premiers airs, tout cet entrain donne le tournis. Gérard Lesne est éblouissant de virtuosité et de naturel dès son entrée en scène avec le « Si, che il barbaro tiranno », joué à un tempo impensable. On comprend alors pourquoi l’oratorio ne dure qu’une heure trente… La tragique aventure de Sedecia, vaincu par Nabucco nous est contée dans un élan tel qu’à la fin des deux disques l’auditeur reste un instant comme assommé, vaincu par cet extraordinaire kaléidoscope d’émotions, abattu par ce déploiement de puissance et de vigueur. La réussite de Gérard Lesne et de son équipe réside dans le secret de ce tourbillon chatoyant, de cette fraîcheur pleine de spontanéité auquel personne ne restera insensible. 

Certes, peut-être certains airs sont-ils joué beaucoup trop rapidement, certes, les violons sont trop timides et couverts par la basse mais l’essentiel est le dépaysement et l’invitation au voyage que constitue le premier enregistrement d’une œuvre jadis considérée « ennuyeuse ».

Viet-Linh Nguyen

Technique : Bon enregistrement, aucune remarque particulière