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Un profane divin !

Musemois
25 février, 2008

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Amor Profano

 

Simone Kermes (soprano),
Orchestre Baroque de Venise, direction Andrea Marcon

Archiv, 71’36, enr. 2007. 

Extrait : Tito Manlio : « non m’afflige il tormento di morte »

 

 

 

Liste des airs

L’Olimpiade
 : siam navi all’onde algenti
La fede tradita e vendicata : sin nel placido soggiorno
Orlando furioso : ah, fuggi rapido
Tito Manlio : non m’afflige il tormento di morte
Semiramide : quegl’occhi luminosi
Il Tigrane : squarciami pure il seno
Catone in Utica : se in campo armato
Il Tamerlano : allegro / andante molto / allegro
Griselda : agitata da due venti
Tito Manlio : dopo si rei disastri
La Verita in Cimento : amato ben, tu sei la mia speranza
Tito Manlio : combatta un gentil cor
La Farfalletta audace
Giustino : or che cinco ho il crin d’alloro

 

Vous en avez rêvé, Simone Kermes l’a fait ! Avec Andrea Marcon, la soprano n’a pas hésité à puiser dans des pièces peu connues du Prêtre Roux (dont 5 premières mondiales). Elle en  en extrait une substantifique moelle dont le centième ferait s’évanouir un dilettante tant elle accumule les airs de fureurs débordant de difficultés techniques. Voulez-vous des coloratures, des trilles, des mesures tellement remplies qu’on ne sait plus comment en ornementer les reprises ? Et voilà que ça monte, que ça descend, que les trompettes pétaradent, que les cordes se déchaînent, que le continuo s’excite jusqu’à l’ivresse dans une débauche de timbres et de beauté. On écoute le disque et on en sort comme grisé. Ces aigus lunaires, cette égalité des registres, cette précision millimétrique et naturelle dans les vocalises est proprement inhumaine et nous laisse nous morfondre dans une interrogation existentielle : soit Simone Kermes est une déesse devant la statue de laquelle chaque mélomane doit déposer des offrandes en la remerciant pour son talent, soit les avancées incroyables de la technologie moderne ont virtuellement crée LA chanteuse baroque par excellence. On réécoute le disque, et l’on discerne derrière l’époustouflante façade une intériorité, une profondeur, une diversité des climats et des portraits psychologiques qui laisse sans voix. Il y a paradoxalement une sorte de calme sous la tempête de notes, une âme d’airain dans une gorge de velours, une manière indéfinissable de poser les notes avec délicatesse telles des pièces de jeu d’échec au moment du coup de grâce. Rien ne se fait au hasard, les tempos effrénés ne sont pas synonymes de hâte, chaque phrase prend le temps de s’envoler et de s’étioler… Au milieu de ces déferlements périlleux, de graves siciliennes plus lancinantes laissent à la soprano le soin de dire la souffrance et le désespoir, avec une sensibilité à fleur de peau, une richesse du discours aux mille reflets. Alors que notre syntaxe se trouble autant que nos sens, nous laissons humblement d’autres plumes – en espérant qu’elles seront nombreuses – couvrir de louanges Simone Kermes et Andrea Marcon, pour aller repasser en boucle ce programme divin. 

Viet-Linh Nguyen

Technique : Prise très dynamique et équilibrée, avec la part belle aux timbres.