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Un souffle printanier venu de Germanie…

Muse5
31 décembre, 2011

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Concertos brandebourgeois 1-6 BWV 1046 – 51

 

Guiliano Carmignola, premier violon 
Orchestra Mozart
Direction Claudio Abbado

47’26 + 44’00, 2 Cds, Deutsche Grammophon, 2011.

« Six Concerts Avec plusieurs Instruments Dédiées A Son Altesse Royalle Monseigneur Crêtien Louis, Marggraf de Brandenbourg & c. & c. & c., par Son tres-humble & très obeissant Serviteur Jean Sebastian Bach. Maître de Chapelle de S.A S. le prince regnant d’Anhalt-Coethen. [...] » Voici l’incipit de la dédicace écrite en français que Bach adressa en 1721 au margrave du Brandebourg, d’où ce titre donné a posteriori à cet ensemble de six concertos, qui ne sont pas une création en soi mais plutôt une compilation composée par le Kapellmeister, adaptant des thèmes à divers instruments et formations concertantes. Bach y déploie son génie de la composition en s’appuyant sur la quasi intégralité de l’instrumentarium disponible à l’époque du haut-baroque (seuls le luth, la viole d’amour, le hautbois d’amour et les timbales en sont absents).

Après leur enregistrement des Concertos pour violon de Mozart en 2008, le violoniste Guiliano Carminola et le chef d’orchestre Claudio Abbado se retrouvent autour de ces mythiques Concertos Brandebourgeois, enregistrés en concert et sur des instruments d’époque, pour une interprétation tout en sobriété et en élégance.

Sous la baguette précise d’Abbado, le violon de Carminola mène un dialogue soigneusement construit avec chaque instrument ou groupe d’instruments ; tout à tour, le clavecin, les seconds violons, les hautbois ou les clarinettes répondent au premier violon dans une alternance équilibrée et soigneusement dosée. On notera la présence d’Ottavio Dantone au clavecin, et de Jacques Zoon dont la flûte parcourt avec grâce la plupart des morceaux.

Le Concerto n°1 rompt avec l’ordonnance classique du concerto et présente une structure composée de quatre mouvements (au lieu de trois dans les suivants) : à l’alternance formelle de l’Allegro-Adagio / Andante – Allegro, Bach ajoute une sorte de « concerto dans le concerto » formé d’un Menuet, d’un Trio, d’une Polacca et d’un second Trio. Les concertos suivant, tout aussi aboutis et soignés mais qui nécessitent un instrumentarium moins important, témoignent de la rigueur stylistique qui sous-tend des morceaux qui apparaissent cependant originaux et libérés, intenses et légers à la fois. Les tempi très vifs ne souffrent pas d’une urgence pressée, la vision solaire et classicisante d’un équilibre souriant d’Abbado offrant un bon compromis entre les coloris et les rythmes marqués de l’Academie fûr Alte Musik Berlin (Harmonia Mundi), l’énergie concentrée fulgurante un brin excessive d’Il Giardino Armonico (Teldec) et la beauté sage de Pinnock (Archiv). Conjuguant une vivacité espiègle avec un discours très mélodique et une hâte sereine, ces Brandebourgeois jettent un pont entre les frères ennemis baroqueux et classiques.

Voilà donc un ensemble frais et radieux, magnifié par le talent d’interprètes bien formés à cette discipline d’un univers baroque subtil, flamboyant et structuré, plus moderne voire galant qu’à l’accoutumée. Une agréable façon de commencer le printemps…
 

Hélène Toulhoat

Technique : belle prise de son pour un live, aérée et précise.

Lire aussi :
Jean-Sébastien Bach, Les Concertos Brandebourgeois : Titre & Dédicace (1721)
Jean-Sébastien BachConcertos BrandebourgeoisEnglish Baroque Soloists, dir. John Eliot Gardiner (Solideogloria, 2009)