Close

Un Tombeau bien joyeux

Muse4
2 mars, 2006

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Tombeau de Sa Majesté la Reine de Pologne

 

Missa à 4 voci, 2 Travers, 2 Violini, Viola e Cont BWV 234
Praeludium in organo pleno, pedal BWV 544
« Lass, Fürstin, lass noch einen Strahl » BWV 198
Herzlich tut mich verlangen à 2 clavier et pédale BWV 727
Pars 2da « Nach gehaltener TrauerRede »
Fuga BWV 544

Katherine Fuge (soprano), Carlos Mena (alto), Jan Kobow (ténor), Stephan MacLeod (basse), Francis Jacob (orgue Gottfried Silbermann 1737)
Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot 

78’19, Mirare, enr. 2006.

Dès la réception du beau digipack orné d’un détail de Watts, nous nous sommes demandé ce qu’était ce « Tombeau de Sa Majesté la Reine de Pologne » de Bach. Nous nous apprêtions à compulser frénétiquement notre catalogue BWV, quand la réponse tomba du ciel, ou plutôt du détail des plages. Il s’agissait simplement de la célèbre cantate funèbre BWV 198, la Trauerode « Lass, Fürstin, lass noch einen Strahl »…

Et l’on comprend à l’écoute du Ricercar Consort pourquoi la jaquette a cru nécessaire d’arborer fièrement ce « Tombeau ». En effet, rarement la mort aura eu un visage aussi doux et aussi avenant. Délaissant la dramatique pesanteur d’Harnoncourt (Teldec), ou la spiritualité ronde de Philippe Herreweghe (Harmonia Mundi), Philippe Pierlot a sculpté de manière chambriste et maniérée cette pièce de déploration qui dès lors n’en a plus que le nom. Les tempi sont relativement mesurés quoiqu’allègres, l’orchestre et les instruments obligés très colorés (superbes traversos, le plateau vocal tout à fait satisfaisant : Katherine Fuge au timbre acidulé avec de jolis aigus, Carlos Mena très pur et avec une belle égalité de registres, Jan Kobow un peu trop opératique mais à l’émission très stable, Stephan MacLeod puissant et profond. Hélas, seul l’air « Wie starb die Heldin so vergnügt ! » atteint réellement la mélancolique spiritualité d’une lamentation. De plus, la cantate est par ailleurs jouée en OVPP (comprenez une voix par partie « one voice per part ») conformément aux théories développées par Joshua Rifkin ou Andrew Parrot, ce qui allège la transparence du contrepoint au détriment des effets de masse. Nous le répétons donc, la qualité technique de l’enregistrement et le travail des interprètes sont exemplaires. Toutefois, c’est sur les choix esthétiques que nos appréciations divergent. Nous aimons que la mort, arrive avec son crâne et sa faux, la grimace figée de l’horreur, la cendre puante des cadavres, les fleurs fanées des vanités (oui, j’en parlerai avec mon analyste). A l’inverse, le Ricercar Consort a préféré une vision lumineuse, sereine, parfois légère, toujours tendre, un rien « tarte à la crème » de palais praguois.

Le reste du disque est d’un très haut niveau, toujours avec la même ambiance. On distinguera surtout une Messe à 4 voix très mélodique et presque galante dans ses arabesques du « Kyrie », avec un « Qui tollis » étiré en apesanteur. Bon, nous reconnaissons que nous sommes peut-être trop exigeants à l’égard du Ricercar Consort qui nous avait ébloui avec le Stabat Mater de Sances. Et, l’instar de la photographie souriante des interprètes, nous leur diront que la mort leur va très bien…

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son aérée et naturelle.