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Un virginal « moeder & kind » d’une aimable douceur

Muse5
31 décembre, 2007

The Susanne van Soldt Virginal Book


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Guy Penson (virginal)

RIC 264 – Fuga Libera, enr. 2007

 

Ce petit manuscrit de 1599 a donné bien du fil à retordre aux musicologues et aux chercheurs. Si même Alan Curtis n’est pas parvenu à éclaircir l’épais mystère Susanne van Soldt, il semblerait que cette hollandaise ait vécu à Londres, qu’elle se piquait de jouer les pièces à la mode de son temps, et que ses compétences musicales étaient moyennes au regard de la difficulté des pièces sélectionnées pour un instrument par ailleurs non explicitement précisé. Chacun des morceaux a été retranscris avec d’élégantes diminutions inédites : on y retrouve ainsi les tubes « Suzanne un jour » de Roland de Lassus, la chanson populaire « Une jeune fillette » ou encore quelques psaumes au titre en néerlandais.

Ce charmant programme, véritable fenêtre ouverte sur les pratiques quotidiennes de l’époque, fait immédiatement penser à certains tableaux d’intérieur de Vermeer par le charme désuet et discret qui s’en dégage (excellent choix de jaquette soi dit en passant). Pour cet enregistrement, Guy Penson a fait le choix d’un virginal, aux sonorités cristallines et un peu grêles tout à fait typiques. En effet, il s’agit d’un instrument « moeder & kind » d’époque, superbement construit d’après les photos contenues dans le livret, et qui contient dans sa caisse de résonance un autre petit virginal qui peut être joué seul ou accouplé au clavier principal afin d’ajouter couleur et contraste. Pour certaines pièces, l’agile flûte de… a rejoint la partie, en hommage à l’époque de Jakob van Eyck et son célèbre recueil Flyten Lust-hof.

Guy Penson croque chacun des morceaux avec allant et simplicité. Branles, Pavanes et Gaillardes bondissent avec précision et bonhomie sous ses phalanges ductiles, tandis que l’interprétation des psaumes, plus retenue, baigne dans une lumineuse légèreté où les notes éclosent à la manière de perles de rosée (NdlR : comparaison certes poétique mais qui ne veut rien dire, comme le lecteur attentif l’aura noté : en effet, une perle de rosée peut seulement glisser sur une fleur qui éclôt). L’anthologie est à la fois variée et reposante, une impression de douce quiétude et d’enveloppant confort accompagnant l’écoute de ce disque qui est de ceux que l’on aime bien sans très bien parvenir à savoir pourquoi. Et à l’écoute de cette « Susanna Vung Jour » (sic) ciselée avec tant de grâce, on s’imaginerait presque assis près de la fenêtre à meneaux, éclairé à la tremblotante lueur d’une chandelle, à méditer sur un siècle renaissant qui tire à sa fin.

Alexandre Barrère

Technique : prise de son intime et naturelle.