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Une basse au royaume du baroque

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Arie per basso

Liste des airs

Siroe : Ouverture | Recitativo | Aria “Se il mio paterno amore” | Recitativo | Aria “Gelido in ogni vena”
Orlando : Accompagnato | Aria “Sorge infausta una procella”
Agrippina : Aria “Pur ritorno a rimirarvi” | Recitativo* | Arietta “Vieni, o cara”
Serse : Recitativo | Arietta “Del mio caro Bacco amabile”
Alcina : Ouverture | Aria “Pensa a chi geme”
Tamerlano : Aria “Amor da guerra e pace”
Cantata “Dalla guerra amorosa” : Recitativo | Aria “Non v’alletti un occhio nero” | Recitativo | Aria “La bellezza è come un fiore” | Finale “Fuggite…a chi servo d’amor”
Cantata “Apollo e Dafne” : Recitativo | Aria Apollo “Come rosa in su la spina”

Lorenzo Regazzo (basse)

Concerto Italiano
Direction Rinaldo Alessandrini

57’52, Naïve, 2009

Dans un univers vocal où les contre-ténors disputent la vedette aux sopranos à coup d’aigus flamboyants, quelle place reste-t-il pour les basses baroques ? L’enregistrement de Lorenzo Regazzo vient nous rappeler avec brio que les airs pour basse du répertoire haendélien, s’ils ne sont pas les plus connus, illustrent tout aussi bien l’art virtuose du Cher Saxon. Le récital proposé nous offre en effet un panorama assez étendu des airs pour basse à travers l’œuvre lyrique de Haendel, ainsi que deux cantates. Rinaldo Alessandrini a apparemment cru bon d’y ajouter les deux parties instrumentales que sont les ouvertures de Siroé et Alcina. Disons d’emblée que ces deux morceaux ne sont pas ceux qui nous ont le plus convaincu. En particulier, l’ouverture d’Alcina par un Concerto Italiano poussif souffre d’attaques pesantes qui en brisent le rythme naturel. Même si le second mouvement est plus réussi, cette interprétation ne résiste pas à la comparaison avec celles qui font autorité dans la discographie (Hickox voire Curtis). L’ouverture de Siroé souffre du même caractère pesant et quelque peu contraint, malgré la qualité indéniable de l’orchestre.

Mais il y a Regazzo. D’emblée, le timbre généreux et profond s’impose à l’auditeur comme à l’orchestre, redressant avec naturel les imperfections d’Alessandrini et entraînant à sa suite les musiciens. Dans l’air de Mélisso « Pensa a chi geme » (Alcina), son attaque estompe le caractère académique du prélude orchestral pour y substituer son intensité dramatique. Une projection impressionnante se dévoile dès les premiers airs (testée en concert) ; elle fait merveille dans les parties brillantes, comme l’époustouflant « Amor da guerra e pace » (Tamerlan) qui semble transporter les cordes de l’orchestre. Dans la vigueur dramatique du « Sorge infausta una procella » (Orlando), la voix semble se jouer des ornements virtuoses en conservant un timbre toujours parfaitement maîtrisée. Cette intensité sait aussi traduire les nuances délicates, comme dans le « Come rosa » (cantate Apollo e Dafne) aux ornements menaçants de désir, ou dans le remarquable cantabile de « Gelido in ogni vena » (Siroé). Le récitatif de Zoroastre (Orlando) est superbement traité. Dans celui d’Agrippine, Lorenzo Regazzo se livre avec Gemma Bertagnolli à un véritable duo théâtral, d’une véracité rare dans un récital, et qui semble appeler l’intégrale…Le timbre de Bertagnolli y semble toutefois bien léger pour donner la réplique à son redoutable partenaire… Regazzo nous livre encore d’autres aspects de son art. Toujours dans Agrippine, le « Pur ritorno » révèle un timbre envoûtant et un phrasé impeccable. L’ivresse du bref « Del mio caro Baceo amabile » (Serse) nous laisse sans voix. Et il faudrait encore citer le cantabile généreux de « La belleza e com’un fiore » (cantate « Dalla guerra amorosa« ).

N’en jetons plus, la coupe est pleine : Regazzo est décidément une grande basse baroque. Et sa pose pleine de superbe sur la photo de couverture semble nous dire qu’il en a pleinement conscience ! Dans le livret fourni, vous pourrez lire le rappel de ses interprétations au disque et à la ville, et vous disposerez également d’une notice bien documentée sur l’œuvre lyrique de Haendel. En résumé, un enregistrement de référence des airs pour basse du Cher Saxon.

Bruno Maury

Technique : pas de remarques particulières.