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Une interprétation révolutionnaire pour l’un des plus beaux opéras italiens de Händel.

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
22 octobre, 2005

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Ariodante (1733)

Dramma per musica HWV 33, en trois actes, livret d’après Antonio Salvi.

 

Anne Sophie von Otter (Ariodante), Lynne Dawson (Ginevra), Ewa Poddles (Polinesso), Veronica Cangemi (Dalinda), Richard Croft (Lurcanio), Denis Sedov (Il Re Di Scozia), Luc Coadou (Odoardo),
Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski

3 CDs, enregistrement live, Archiv, 1997.

Marc Minkowski, que l’on connaissait pour sa réussite dans le domaine de l’opéra français (Rameau, Lully…), se lance donc dans l’aventure handelienne avec sa fougue et son énergie habituelles. Les interprètes sont remarquables dans l’ensemble : Anne Sophie von Otter est tour à tout radieuse et pathétique, Lynne Dawson chante avec naturel et grâce (même si elle semble parfois trop détachée du texte), accompagnée par une Veronica Cangemi fraîche et mutine. Les 11 minutes de désespoir du fameux air « Scherza infida » sont magistralement interprétées par Von Otter tout en tension et douleur contenue. De même, le rôle du traître Polinesso va à Ewa Poddles comme un gant, comme le confirme son air maléfique « se l’inganno fortisce felice » à la fois railleur, ironique et triomphant. On reprochera à Denis Sedov un certain manque de profondeur dû à un timbre plat et superficiel couplé à une trop grande rigidité. Où est donc passé ce roi d’Ecosse tourmenté sa peine et son courroux, entre devoir et amour filial ? Les rares chœurs souffrent également d’un certain manque d’homogénéité.

Cependant, si cet Ariodante fait partie d’un de ces enregistrements historiques à posséder absolument, c’est grâce à l’orchestre. Ce dernier est étonnamment présent, insufflant de bout en bout sa force destructrice, faisant avancer l’action, naître les sentiments. Rarement on aura atteint ce degré d’intensité et de puissance, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec le nombre d’instrumentistes. La présence sonore des cordes se fait particulièrement sentir dans les airs vifs avec une restitution des pupitres très espacée et des attaques incisives, voire agressives. Les tempi sont très contrastés, le continuo correct. On est proche de la perfection.

Pour finir, cet opéra d’un dynamisme enivrant, nanti de la prestation éblouissante d’Anne Sophie von Otter n’est pas seulement celui d’une succession monotone d’airs brillamment interprétés et de récitatifs monotones. La réussite du chef a été de brosser dans une course effrénée presque trois heures de passions destructrices qui conduiront chacun des protagonistes au bord du désespoir, du remord ou de la mort. Et cela, plus que tout autre, Minkowski l’a compris.

Viet-Linh Nguyen

Technique : Très bon enregistrement. Technique 4D d’Archiv. Pas de nuisances particulières dues au public ou à la salle. Digne d’un studio avec l’entrain des chanteurs et quelques bruitages en plus, comme celui de la lettre remise au Roi par Lurcanio lors de l’Acte II, scène 8. Pas de cliquetis d’épées pendant le tournoi (malheureusement?).