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Une politique d’Ouverture

Museor
31 décembre, 2011

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Concerts avec plusieurs instruments, volume V

 

Ouverture No. 3 en Ré Majeur, BWV 1068
Concerto pour clavecin en Fa Mineur, BWV 1056
Concerto Brandebourgeois No. 6 en Si Bémol Majeur
Concerto pour trois clavecins en Ré Mineur, BWV 1063

Café Zimmermann
Pablo Valetti, violon solo & Konzertmeister
Céline Frisch, clavecin solo
Dirk Boerner, Anna Fontana, clavecins solo

58’23, Alpha / Outhere, 2011.

 

Avant-dernier voyage de ce périple entrepris dès 2001 par Café Zimmermann sur le chemin des œuvres pour orchestre de Bach – soigneusement démantelées afin de ne point avoir les Brandebourgeois ou les concertos pour clavecin regroupés en un seul volume – ce cinquième opus laisse entrevoir peu de surprises par rapport à l’excellence de ses prédécesseurs, et c’est tant mieux !

Le programme comporte deux œuvres archi-rebattues du compositeur, et sur lesquelles nous ne nous attarderons pas quant au contexte historique de leur création. La 3ème Ouverture en ré majeur voit Café Zimmermann endosser ses habits de fête, avec des effectifs fournis (19 instrumentistes). La lecture fluide et jouissive, mélodique et légère, adoptant des tempi légers et dansants, évite toute lourdeur pompeuse et insiste sur l’immédiateté optimiste de l’ensemble, sans renier un subtil équilibre des pupitres et une dynamique interne remarquable, signature de l’orchestre. On admire une ouverture moins convenue qu’à l’accoutumée, car cette pièce de résistance s’avère souvent roborative, un air poétique et fluide au violon à l’éloquente rhétorique (Pablo Valetti inspiré et au lyrisme personnel reconnaissable), qui ne verse pas dans le « sentimentalisme » douloureux d’un spleen anachronique, des danses mélodiquement bien carénées et sur lesquelles on se prend à esquisser de maladroits entrechats. Ibidem pour le superbe Sixième Brandebourgeois, acéré et mouvants, au mouvement initial sans nom doté d’une grinçante précision, au contrepoint frictionné et rapide, presque charnel et haletant dans sa lutte violonistique digne d’un âpre corps à corps. Si l’Allegro, repus et épuisé, surprend par son absence volontaire de grâce, ses imperceptibles hésitations, sa plénitude alanguie moins narcissique que prévue, l’Allegro, d’une simplicité enthousiaste renoue avec la virtuosité optimiste de l’Ouverture en ré.

Place aussi aux deux Concertos pour clavecin, un BWV 1056 d’abord, issu de la transcription d’œuvres disparues pour instruments mélodiques et où le ductile clavier de Céline Frisch, infiniment racé, trace ces courbes avec élégance, même si l’on regrettera un orchestre certes complice mais trop en retrait, comme admiratif devant sa soliste. L’Adagio, d’une douceur angélique bercée de son clapotis de pizzicatti, claudicant et voilé comme une paupière qui s’abaisse un soir d’été au travers de laquelle percent l’éclat du crépuscule, invite au rêve, et la contemplation de ces 2 minutes 43 suffit à nous convaincre à inciter nos lecteurs à se procurer ce disque… Par souci de complétude, terminons par un mot sur le BWV 1063 plus rarement interprété, transcription pour 3 clavecins d’un original obscur. On goûte la complexité contrapuntique, l’enchevêtrement des lignes, le dialogue permanent entre les 3 clavecins et les cordes, notamment dans l’Alla Siciliana d’un lyrisme ample, où la mélodie passe tour à tour du violon au clavecin et dans Allegro final avec ses entrées fuguées rieuses qui clôturent un disque dont on attend le suivant en regrettant qu’il s’agisse déjà du point d’orgue de ce projet.

Armance d’Esparre

Technique : excellente prise de son, précise et aérée.

Jean-Sébastien Bach, Concerts à plusieurs instruments volume IV, Café Zimmermann (Alpha, 2009)