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Une Résurrection au souffle de vie

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Oratorio
31 décembre, 2009

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

La Resurrezione

Oratorio per la Resurrezione di Nosotro Signor Gesu Cristo, HWV 47, 1708, sur un livret de Capace.

 

Camilla Tilling (l’Ange), Kate Royal (Marie-Madeleine), Sonia Prina (Marie-Cléofas), Toby Spence (Saint-Jean l’Evangéliste), Luca Pisaroni (Lucifer)

Le Concert d’Astrée
Direction Emmanuelle Haïm

2 CDs, 112′, Virgin Classics, enregistrement public Opéra de Lille avril 2009

 

C’est pendant son séjour à Rome et sous la généreuse protection du marquis Ruspoli que le Caro Sassone composa cet oratorio. La création le dimanche de Pâques 1708 donna lieu à une mise en scène digne d’un opéra, avec des décors peints, et un orchestre de dimensions exceptionnelles pour l’époque (vingt et un violons, soit plus de quarante-cinq musiciens au total). Le marquis Ruspoli, qui fut fait la même année

Prince de Cerveteri par le Pape, était alors au sommet de sa prospérité, et il ne regarda pas à la dépense pour ce qui constitue une des œuvres majeures de Haendel lors de sa période romaine. Si l’oratorio ne fut joué qu’à deux reprises, Haendel puisa largement dans la partition par la suite pour enrichir des opéras de sa période londonienne ou ses oratorios anglais.

Disons d’emblée que la version d’Emmanuelle Haïm, à la tête du Concert d’Astrée - que nous avions pu goûter en concert à Paris - restitue brillamment l’atmosphère voulue par le Cher Saxon. La direction est dynamique et incisive, les changements de tempi bien marqués (mais sans rupture). La donne un sentiment de fluidité vigoureuse que les chanteurs relaient avec succès, en nuançant leurs intonations au plus près du texte. Les cordes se font foisonnantes, l’orgue est tenu par Emmanuelle Haïm en personne, et les cors et trompettes s’épanouissent pour le plaisir de notre oreille baroque. Cette exubérance sait aussi se faire discrète à l’occasion, pour faire place au recueillement de la méditation et de la prière, ou mettre en valeur des ornements a cappella.

La voix aérienne de Camilla Tilling nous transporte dès ses débuts, avec le célèbre air de l’Ange « Disseratevi o porto d’Averno », merveilleuse pyrotechnie sonore. Malgré un rythme presqu’effréné, au bord de la rupture, la diction demeure parfaitement claire. Elle assume avec le même bonheur son air suivant (« D’amor fu consiglio »), sur un registre cette fois plein de délicatesse. Et le timbre se fait noir lorsqu’elle évoque Lucifer (« Risorga il mondo », dans la seconde partie). Le legato du « Se per colpa » est particulièrement soigné, et le duo avec le choeur dans le final de la première partie (« Il Nume vincitor ») est bien équilibré.

Kate Royal campe une Marie-Madeleine à la voix diaphane, légèrement acidulée. Son legato se fait intemporel dans le très beau « Ferma l’ali », avec des ornements très dépouillés et expressifs. Elle est aussi à l’aise dans la douleur violente (« Dolci chiodi, amate spinte ») que dans l’espoir renaissant (le sautillant « Ho un non so che nel cor »). La sérénité du « Per me gia di morire » s’exprime à travers un véritable duo avec l’orchestre, véritable régal pour l’oreille.

Avec un timbre plus mat, légèrement cuivré, Sonia Prina est une Marie-Cléofas émouvante. Comment rester insensible à sa description de la mort sur la Croix (« Piangete si piangete ») ? A la parabole de la barque (« Naufragando va per l’onde »), sa voix semble agitée des mêmes tremblements que les flots qui l’assaillent. Elle se fait triomphale pour le « Vedo il cielo » de la seconde partie, pour basculer ensuite dans une recherche éperdue et touchante (« Angeletti, ruscelletti »).

Les rôles masculins ne sont pas en reste. Toby Spence (Saint-Jean l’Evangéliste) nous offre un timbre expressif et bien posé. Son « Quando e parto dell’affetto » est d’une sérénité toute céleste. Mais il se révèle tout aussi à l’aise dans la parabole allègre « Cosi la tortorella », et son « Ecco il sole » au début de la seconde partie est tout chargé de la luminosité de l’astre solaire. Le Lucifer de Luca Pisaroni possède une bonne projection et la noirceur du rôle (« O voi dell’Erebo »). Son legato est soigné (« Caddi e ver »).

Bien qu’il s’agisse d’un enregistrement en direct, aucune manifestation inopportune  de spectateur ne trouble le concert. La prise de son est équilibrée entre chant et orchestre ; et restitue bien la dynamique sonore impulsée par Emmanuelle Haïm. Les deux CD sont enveloppés d’un coffret qui contient un livret avec notice musicologique, présentation soignée pour un enregistrement de premier plan, qui ne démérite aucunement par rapport à la version de Marc Minkowski (Archiv), d’une force brute plus ferme mais moins poétique.

Bruno Maury

Technique : Bon enregistrement, précis et dynamique, d’autant plus méritoire qu’il s’agit d’une captation en concert.

Lire aussi :
Georg-Frederic Haendel, La Resurrezione, Camilla Tilling, Kate Royal, Sonia Prina, Toby Spence, Lorenzo Regazzo, Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm (Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 1er avril 2009)