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Vernis Martin (Bach, Suites anglaises – Béatrice Martin – Cité de la Musique, 13/03/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
22 mars, 2014

Johann Sebastian Bach

Suite Anglaise n°1 en la majeur BWV 806
Suite Anglaise n°2 en la mineur BWV 807
Suite Anglaise n°3 en sol mineur BWV 808

 

 Beatrice Martin © Galatea Music

Beatrice Martin © Galatea Music

Béatrice Martin, clavecin Ruckers/Taskin 1646/1780 (collection Musée de la Musique)
 
Jeudi 13 mars 2014, Amphithéâtre de la Cité de la Musique, 19h
Dans le cadre du cycle Johann Sebastian Bach, Les Tempéraments

Nous voici devant le magnifique Ruckers ravalé par Taskin, avec ses piétements à la droiture cannelée si Louis XVI, contrastant avec les aimables rinceaux sur fonds dorés qui ornent la caisse et au milieu de la luxuriance desquels se nichent quelques aimables angelots. Nous renvoyons les Klavieromanes à la page du site officiel du Musée de la Cité de la Musique, en vue de disposer du détail éclairant mais fastidieux de ses jeux pour nous concentrer sur les 3 premières suites anglaises que Béatrice Martin a interprété avec un majestueux brio. Mais avant que de disséquer les mouvements, rappelons aux étourdis que pour discrète qu’elle soit (malgré un récent enregistrement avec Les Folies Françoises chez Cyprès), la claveciniste n’en est pas moins célèbre de par son association fréquente avec les Arts Flo (et son rôle d’assistante musicale sur de nombreux projets), Les Talens Lyriques, ou encore Le Concert Spirituel ou Il Seminario Musicale.

Pourtant, avouons-le, la Première Suite a d’abord déçu par une sorte de froideur appliquée, des registrations malheureuses (doubles de la Courante II), jusqu’à ce que l’inspiration n’éclose dans une Sarabande à l’amère virtuosité, avant de pétillantes Bourrées. Et une fois le geste musical lancé, on goûte sans réserve une vision nacrée, fluide et lumineuse, très mélodique, aux trilles glissants, aux thèmes discrets mais solides, d’un noble raffinement. A compter de la Suite n°2, Béatrice Martin déploie un Prélude orchestral et ample, même si la main gauche demeure légère et que l’équilibre manque de graves. L’Allemande est splendide, concentrée et douloureuse, la Sarabande suggestive, les Bourrées fracassantes. Du grand art. Le coup – ou le moment – de grâce vient avec la 3ème Suite : Prélude, une cascade puissante et très articulée, presque gouldienne, très visuelle et colorée. Allemande, mélancolique et caressante. Voilà, Forkel peut toujours prétendre « que le compositeur les écrivit pour un Anglais de qualité », ce soir-là c’est de ce côté-ci de la Manche que ces pièces ont résonné avec un optimisme élégant  et une vivacité altière.

Viet-Linh Nguyen