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Versailles dans la brume

Museor
17 février, 2007

François COUPERIN dit Le Grand (1668-1733)

Motets

 

Henri Ledroit (haute-contre), Michèle Ledroit (soprano), Ian Honeyman (ténor), René Schirrer (basse)
Jean-Charles Ablitzer et Pere Ros (continuo).

Stil, enr. 1984.

 

Un jour laiteux et blafard, où les statues se couvrent dans leurs tuniques pour ne pas prendre froid, figure sur la jaquette. Du fait de la perspective, le château émerge seulement à partir du premier étage et semble écrasé par l’hiver. Le bruissement des fontaines s’est fait glace. Rarement l’illustration aura à ce point accompagné la musique…

Certains s’étonneront de voir la note maximale décernée à un enregistrement où certains solistes accusent de sérieuses faiblesses, Ian Honeyman en particulier. Pourtant, il y a quelque chose de magique dans cette interprétation des petits motets de Couperin. D’abord, Henri Ledroit y est superlatif et signe sans doute l’un de ses meilleurs disques où l’on s’émerveille sur la clarté du timbre, la justesse dans l’aigu, la grâce dans le phrasé, la douceur de l’émission.

Mais la vérité est ailleurs : ces quarante minutes sont toutes nimbées de crépuscule, de douleur, d’émotion forte inutilement contenue. Les tempi mystiques mais sans lenteur, la progression voilée, naturelle et où s’estompe le sens de la mesure, les aigus étroits de Michèle Ledroit qui ressemblent presque à un cri, tout concoure à une impression  forte et unique. Et l’on sent que ces motets sont le fruit d’un travail collectif où chacun se cherche et s’écoute. Les voix se fondent, se répondent, s’étiolent dans le Domine Salvum fac Regem (tout sauf triomphal ici) ou le O Amor, O gaudium. Les ornements participent véritablement au discours et ne sont jamais des fioritures gratuites, le continuo soutient discrètement les solistes, presque à contrecœur, comme si ces motets pourraient être chantés a capella.

Viet-Linh Nguyen 


Autres versions : 
Ces mêmes motets sonnent tellement plus outrés chez Christie (Virgin), ou légers chez Davitt Moroney (Harmonia Mundi) qu’on a du mal à les reconnaître. 

Technique : prise de son chaude et intime, un peu arrondie avec très peu de réverbération ou d’espace. On se sent dans une petite pièce avec les musiciens, mais ce genre de son sonne très étouffé sur un matériel standard. Les audiophiles quant à eux se délecteront de ce grain et de cette matière dense et riche. AAD.