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La vieillesse est-elle un long naufrage ? (éditorial de septembre 2014)

Publié dans : Actualités - Edito
1 septembre, 2014

 

L'empereur François-Joseph Ier (1830-1916). Timbre émis le 10 novembre 2012 ©  Silvia Moucka  / Post.at.

L’empereur François-Joseph Ier (1830-1916). Timbre émis le 10 novembre 2012 ©
Silvia Moucka / Post.at.

En cette rentrée pluvieuse, alors que nous échappions à des trombes d’eau à Innsbrück pour un festival remarquable dont la critique est à venir, nous feuilletions Le Figaro en prenant connaissance d’un billet de la chroniqueuse Natacha Polony intitulé Éloge des Vieux. Et nous avouons que ce qu’elle fustige en politique, nous le retrouvons – atténué – dans notre microcosme musical, non pas l’inculture qu’elle reproche à nos gouvernants, et dont on ne saurait faire offense à nos jeunes et brillants talents tels Raphaël Pichon, Nicholas Achten, Sébastien Daucé, ou encore Bertrand Cuiller et Vincent Dumestre, mais le constat lucide et/ou amer de l’ère du temps d’une course au jeunisme, à la nouveauté, aux météores montants face aux étoiles pâlies.

Il faut sans doute y voir un effet de génération, avec les grands défricheurs des années 70 à la chevelure argentée ou hélas mis en retraite ou au tombeau : le grand Leonhardt nous a quitté, tandis que nous sommes chaque fois ému de voir les difficultés d’Herbert Tachezi à quitter la scène avec les troupes renouvelées du Concentus Musicus Wien. Alors, certes, la Garde des Kuijken, Savall, Christie, Gardiner est toujours là, de même que les Hussards suivants, les Rousset, Minkowski, Biondi, Parrott mais de plus en plus au-delà des chefs, nous avons souvent entendu des commentaires étonnés, captés les sourcils levés, souri de la confusion : « est-ce bien le chef ? il est si jeune… » Alors ce monde qui tourne et tourne toujours plus vite, où l’on peut diriger des tragédies lyriques à moins de trente ans est-il fondamentalement mauvais et perverti ? 

Oui et non, dirons-nous, pour complaire à nos lecteurs normands. Car si la maturité, la connaissance des hommes et des choses, l’acquisition de la sève de l’humanité et de la sagesse ne peut soudainement éclore avant la saison, les éclairs précoces des âmes bien nées ne manquent guère, et pour ceux qui comme nous et les juristes se plaisent aux précédents, si l’on évitera bien sur de citer un Napoléon, un Mozart ou même un Haendel, l’ombre de Gould et ses Goldberg de 1954 (pas encore les mythiques 1955 de Columbia, nous parlons bien de la version mono pour la radio canadienne) peut laisser le Commandeur dormir en paix. Et nos gouvernants juvéniles pourraient en prendre de la graine.

Viet-Linh NGUYEN