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Viole-oncelle, la transition (Boismortier, Charbonnier, Giardelli – Ligia)

Muse4
10 février, 2015

Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755)

Transition baroque

Liste des morceaux

Disque 1 :
Trente et Unième œuvre de Mr Boismortier : Diverses pièces de viole avec la basse chiffrée
Suite en E, si, mi
Suite en C, sol, ut
Suite en R, la, ré
Suite en G, ré, sol
Suite en A, mi, la

Durée : 66’44

Jean-Louis CHARBONNIER : Basse de viole
Paul ROUSSEAU : Basse de viole
Mauricio BURAGLIA : Théorbe
Pierre TROCELLIER : Clavecin

Disque 2 :
Œuvre Cinquantième de Mr Boismortier : Six sonates dont la dernière est en trio pour les violoncelles, bassons ou violes avec la basse

Sonata Prima
Sonata Secunda
Sonata Terza
Sonata Quarta
Sonata Quinta
Sonata Sexta en trio 

Durée : 62’38

Claire GIARDELLI : Violoncelle
Claire GRATTON : Violoncelle
Marie HERVÉ : Basson
Laure VOVARD : Clavecin
Jean-Louis CHARBONNIER : Basse de viole (Sonate en trio)

 

Bodin de BoismortierJean-Louis Charbonnier
Claire Giardelli

Enregistré du 26 août au 2 septembre 2013 à la Chapelle de l’Abbaye de Pontlevoy, France.
Ligia Digital, 2014 

La ressemblance entre la viole et le violoncelle, tant pour leur forme que leur manière de jouer (instrument à cordes frottées avec un archet) est telle, que pour les non initiés, il est bien difficile de les distinguer. À tel point qu’un timbre-poste, mis en circulation il y a une quinzaine d’années, dans la série d’instruments de musique, mentionne « violoncelle » sur une image représentant une viole de gambe !

Mais comme on le sait ces deux instruments appartiennent à deux familles bien distinctes, apparues entre le XVème siècle et le XVIème. L’un, de la famille de la viole, dérivé du luth ou de la vihuela (instruments à cordes pincées) associés à l’utilisation d’un archet, est né à la fin du XVème siècle ; l’autre, de celle du violon (ou viola da braccio), descend de l’instrument médiéval à trois cordes, rebec, est apparu au cours du XVIème siècle. Les violes de gambe étaient considérées dans les cours italiennes de la Renaissance comme plus nobles. En France, dans la cour de Louis XIV, la viole gagna la gloire grâce notamment à Marin Marais qui servit le Roi Soleil pendant plus de trente ans. Marais défendit la suite française imposée par son cher Roi et Lully, alors qu’en Italie se développaient les instruments plus modernes, de la famille du violon, qui tendaient à plus de virtuosité et qui étaient plus adaptés à un nouveau style. Cette opposition aboutira au milieu du XVIIIème siècle à la Querelle des Bouffons que l’on connaît. Finalement, la famille du violon supplantera.

Le programme de ces doubles CD illustre donc ces deux mondes différents, à travers deux œuvres de Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755), publiées à quatre ans d’intervalle, en 1730 et 1734. Cela montre la coexistence de deux styles, due en partie à ce musicien qui se montrait sans parti pris. La Trente et Unième œuvre, du style français, est constituée de suites de danses, comprenant jusqu’à dix mouvements (Suite en R, la, ré), Prélude, Gavotte, Rondeau, Courante, Gigue, Sarabande, Menuet etc., alors que chaque sonate de l’Œuvre Cinquantième est composée de quatre mouvements, dont chacun porte une indication se rapportant au caractère de la pièce (Allegro, Largo, Andante… et ce ne sont pas des indications du tempo) plutôt que des noms de danse qui sont toutefois présents (Giga, Gavotta, Allemanda, Sarabanda, Aria… en italien!).

L’interprétation de Jean-Louis Charbonnier dans les Suites fait ressortir le côté théâtral, caractérisé par des nuances changeantes sur un seul coup d’archet, parfois au détriment de la justesse concernant la hauteur de notes. Dans les Sonates, Claire Girardelli met en avance plus de vigueur, tout en respectant le caractère de chaque pièce, comme ce parfum rustique de « Largo » de la Deuxième Sonate, ou « Aria. Affettuoso » de la Troisième Sonate. La prise de son privilégie la viole de gambe et le violoncelle, sans négliger les autres instruments, ainsi, le clavecin et le théorbe sont discrets mais on les entend suffisamment clairement et le basson n’est jamais envahissant. Un bon équilibre règne donc entre les instruments pour cette opus complice et pédagogique.

 

Cécile Colline-Duchamp