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Vivaldi & Corelli : goûts réunis en coffret (Gli Incogniti, Amandine Beyer, Zig-Zag Territoires)

Muse5
19 décembre, 2014

Antonio VIVALDI (1678-1741) / Arcangelo CORELLI (1653-1713)

Concertos

 

vivaldi_corelli_beyerGli Incogniti, Amandine Beyer, violon et direction

4 CDs : 67’34 ; 66’02 ; 69’27 ; 75’18 Zigzag-Territoires (ZZT 349), 2014

Liste des morceaux

CD 1
Antonio VIVALDI (1678-1741)
Concerto pour deux violons et violoncelle, RV 578aen sol mineur
Concerto pour violin RV 372 en si bémol majeur « Per Signora Chiara »
Concerto pour violon « Quatre Saisons » op. 8 n°1-4, RV 269, 315, 293, 297
Concerto pour violin RV 390 en si mineur 

GLI INCOGNITI:
Amandine Beyer
, violon solo & direction – Alba roca, violon solo II (1-4), violon I (5-7, 20- 23), violon II (8-19) – Flavio Losco, violon I (1-4, 8-19), violon II (5-7, 20-23) – Bérengère Maillard, violon II (1-4) – Marta Paramo, alto – Marco Ceccato, violoncelle – Baldomero Barciela, violone – Francesco Romano, théorbe, guitare baroque – Anna Fontana, clavecin & orgue

Enr. à l’Eglise allemande, janvier 2008

CD 2
Antonio VIVALDI (1678-1741)
Concerto « Nuova Stagione »
Concerto pour violon & orgue RV 808 en do majeur
Concerto pour violoncelle RV 420 en la mineur
Concerto pour traverso RV 431 en mi mineur
Concerto pour violon RV 194 en do majeur
Concerto pour traverso RV 440 en la mineur
Concerto pour violoncelle RV 403 en ré majeur
Concerto pour violon RV 235 en ré mineur
Concerto pour violon & orgue d’après RV 517 en sol mineur 

GLI INCOGNITI:
Amandine Beyer
, violon solo & direction – Manuel Granatiero, traverso – Alba Roca, violon – Flavio Losco, violon – Marta Páramo, alto – Marco Ceccato, violoncelle – Rebeca Ferri, cello – Baldomero Barciela, violone – Maria Crisol, bassoon – Francesco Romano, théorbe, guitare baroque – Anna Fontana, orgue solo & clavecin

Enr. à l’église romane de S. Pedro de Rates (Póvoa de Varzim, Portugal), septembre 2011.

CD 3 et 4
Arcangelo CORELLI (1653-1713)
Concerti Grossi Op. 6 

Concerto da chiesa Op. 6, no. 7 en ré majeur
Concerto da camera Op. 6, no. 9 in fa majeur
Sinfonia, WoO 1, pour l’oratorio Santa Beatrice d’Este, en ré mineur
Concerto da chiesa Op. 6, no. 4 en ré majeur
Concerto da camera Op. 6, no. 11 en si bémol majeur
Concerto da chiesa Op. 6, no. 2 en fa majeur
Concerto da chiesa Op. 6, no. 8 en sol mineur, « Fatto per la notte di Natale » (Concerto de Noël)
Concerto da chiesa Op. 6, no. 6 en fa majeur
Sonata a quattro in so mineur, WoO 2
Concerto da camera Op. 6, no. 10 en do majeur
Concerto da chiesa Op. 6, no. 5 en si bémol majeur
Concerto da camera Op. 6 no. 12 en fa majeur
Concerto da chiesa Op. 6, no. 3 en do mineur
Concerto da chiesa Op. 6, no. 1 in ré majeur 

GLI INCOGNITI:
Amandine Beyer
, violon & direction – Flavio Losco, violon – Yoko Kawakubo, violon – Alba Roca, violon – Helena Zemanova, violon – Sabela García, violon – Patrizio Germone, violon – María José Pámpano, violon – Marta Páramo, alto – Ottavia Rausa, alto – Marco Ceccato, violoncelle concertino – Rebeca Ferri, violoncelle – Baldomero Barciela, violone – Roberto Bevilacqua, contrebasse – Anna Fontana, clavecin/orgue concertino – Violaine Cochard, clavecin/orgue – Francesco Romano, archiluthe concertino – Ronaldo Lopes, théorbe

Enr. en direct à l’Arsenal de Metz, fevrier 2012. 

Les trois séries de concertos publiées respectivement en 2008 (les Quatre Saisons), 2012 (Nuova Stagione en 2013 (Concerti Grossi) sont regroupées ici en un coffret de 4 CD, sous la thématique de Vivaldi et Corelli. Rien de plus réjouissant que de pouvoir écouter, concentrées, ces magnifiques musiques avec l’une des interprétations qui existent en enregistrement.

En effet, dès la parution des Quatre Saisons de Vivaldi, la version d’Amandine Beyer et de Gli Incogniti s’est imposée comme une évidence, d’autant que les musiciens prennent le temps de faire murir leurs idées, notamment en se référant au « manuscrit de Manchester », source précieuse qui propose diverses variantes. La violoniste précise qu’en consultant ce manuscrit, des articulations, certaines couleurs chromatiques et harmoniques inhabituelles apportent un nouvel éclairage à certains passages. De plus, compte tenu du contexte de la création, à Mantoue aux alentours de 1720 par des solistes virtuoses, les musiciens de Gli Incogniti ont reconsidéré l’écriture fantasioso de Vivaldi en optant pour une grande liberté rythmique. Il est vrai que leurs interprétations, notamment dans les descriptions de la nature, sont d’une souplesse infinie, mais cette souplesse est souvent associée à une grande rigueur, comme ces rythmes frénétiques des deux mouvements extrêmes de L’Eté et de L’Hiver, exécutés avec fermeté. Le tout fait même penser à une certaine fièvre romantique, révélant la modernité du compositeur. Trois autres Concertos complètent les Quatre Saisons dans une même veine, exécutés avec la même musicalité exceptionnelle.

Le disque 2 comprend huit Concertos, pour violon et orgue, pour traverso et pour violoncelle, et bien sûr, pour violon, l’instrument du Prêtre Roux. L’ensemble de ces Concertos est traversé par une virtuosité époustouflante (dernier mouvement des Concertos pour violoncelle RV 420, pour flûte traversière RV 440, pour violon RV 194), mais aussi par un contraste théâtral frappant (entre les deux mouvements rapides et le mouvement lent de RV 235, RV 808, RV 517). Les solistes se distinguent l’un de l’autre par la clarté du discours et par la flexibilité de l’expression, mais aussi par leur inspiration débordante et par leur lyrisme incontestable. Leur théâtralité féconde est appuyée par des jeux de couleurs que chacun de nos instrumentalistes savent parfaitement rendre efficaces, qualité déjà remarquée dans les Quatre Saisons. La prise de son est limpide, en particulier pour les parties solistes, mais pour les Concerto pour violon et orgue, elle est moins nette pour l’orgue, même si l’on tient compte de sa sobriété par rapport à la luisance du violon.

Les deux derniers disques sont consacrés aux Concertos grossos de Corelli. On ne connaît du compositeur que six opus, dont l’op. 6 contient douze Concertos Grossos, les seules œuvres de sa main écrites pour orchestre, éditées en 1714, quelques mois après son décès. Les huit premiers Concertos grossos sont appelés Concertos da chiesa (alternance de mouvements lent-vif), et les quatre derniers Concertos da camera avec des mouvements de danse composants de suite (Prélude, Allemande, Courante, Gavotte, Sarabande, Menuet, Gigue, etc.). Ils comportent de quatre à six mouvements. Ici aussi, les interprètes de Gli Incogniti font preuve d’élégance et de virtuosité, et l’énergie qu’ils dégagent à chacun des mouvements est jubilatoire, renforcée une fois de plus par cette fluidité permanente. Une perfection étonnante quand on sait qu’il s’agit d’un enregistrement « live » lors de deux concerts en février 2012 (Arsenal de Mets), même s’il a été par la suite complété avec des sessions de correction (ou de raccord). L’équilibre et l’opposition entre concertino et ripieno apparaissent idéals, chacun apportant soit une certaine épaisseur soit une légèreté incontestable à la musique, sans que cela soit surchargé de son ni d’expression. Ainsi, les reliefs sonores sont palpables. De l’ample « Largo » du n° 6 évoquant un large fleuve tranquille jusqu’à la pétillante « Gigue » du n° 11, en passant par la gracieuse « Sarabande » du n° 12 et le galant « Allegro » du n° 4, cette version de référence est une constante fête pour les oreilles.

Signalons que le coffret contient quatre inédits discographiques lors de leur première parution : les Concertos RV 372 et RV 758a (ce dernier récemment découvert par le musicologue Livier Fourrès qui a reconstitué la partition) ; le Concerto pour violon et orgue RV 808 ainsi que le Concerto pour violon RV 194.

Cécile Colline-Duchamp