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Un nouvel horizon ? (Vivaldi, Pieta, Jaroussky, Ensemble Artaserse – Erato)

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
4 novembre, 2014

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)

Pietà

 

jaroussky pieta vivaldi eratoSacred works for alto
Clarae stellae, scintillate RV 625
Stabat Mater RV 621
Filiae maestae Jerusalem RV 638
Concerto for strings and continuo RV 120
Domine Deus:   from Gloria RV 589
Longe mala, umbrae, terrores RV 629
Salve Regina RV 618 

Philippe Jaroussky, contre-ténor, direction

Ensemble Artaserse

1 Coffret-livret 1 CD + 1 DVD bonus, 78’30, Erato, 2014

La voix de contre-ténor suscite bien des questions. Elle peut émouvoir et troubler mais elle peut aussi heurter et surprendre. Voix fascinante par excellence, elle entretient ou fait entretenir dans l’esprit humain le mystère et surtout les fantasmes… L’Homme se prend de peur face à des « phénomènes » surnaturels souvent indéfinissables… Mais cette voix fait partie à part entière du registre vocal masculin. Merci à Alfred Deller, qui a exhumé des profondeurs du temps, ces voix que trop longtemps oubliées.

Après l’éblouissant enregistrement dédié au castrat Farinelli et aux airs de Porpora, suivi de la bouleversante version du Stabat Mater de Pergolèse avec Julia Lezhneva, Philippe Jaroussky se consacre corps et âme à la musique sacrée de Vivaldi en enregistrant à Notre Dame du Liban à Paris, les plus vibrants et émouvants motets du « Prêtre roux ». Vivaldi demeure un génie instrumental et vocal hors pair. Cet enregistrement ouvre un nouvel horizon à Philippe Jaroussky. Pour la première fois, ce dernier dirige son ensemble Artaserse en formation orchestrale tout en conservant le chant.

Dès les premières mesures de Clarae stellae, scintillate, sa voix souple et précise fait flamboyer les étoiles avec éclat. Le timbre « jarousskyen » est souple dans le récitatif louant la Visitation. L’Alléluia, précédé de l’aria finale, implore toute la création de se réjouir.

Grâce à sa voix très riche en sonorité, Jaroussky transfigure le Stabat Mater, véritable chef-d’œuvre du compositeur italien, grâce à son timbre chaud et brillanttelle la lumière du crépuscule sublime le paysage dans un camaïeu de rouge orangé, couleurs ardentes. Son tempérament vocal se dévoile nettement dans “Stabat Mater dolorosa”. La douleur s’exprime grâce à son intonation, son articulation. L’ornementation est soignée, naturelle. Ce qui caractérise son tempérament, c’est la facilité avec laquelle sa voix développe et pratique certaines catégories d’accents. Il cherche, sans cesse, l’expression dans l’intonation “Cuius animam gementen” et “Quis est homo qui non fleret” en sont les exemples les plus flagrants. Les cordes, dans “Eia Mater”, le soutiennent dans l’émission du souffle continu et silencieux. Le son remplit l’espace qui nous entoure avec le court extrait “Domine Deus” tiré du Gloria RV 589. Jaroussky épaule sa voix en lui mais aussi au point d’arrivée de cette dernière. Il met en sonorité avant tout l’auditeur. 

Sa recherche soucieuse de la qualité sonore et son agilité vocale lui permettent de réaliser le maximum d’effets avec le « minimum » d’effort. Son interprétation de Longe mala umbrae, terrores ne s’en trouve que magnifiée. Les vocalises jaillissent pour balayer d’un coup de revers les maux, les ombres et terreurs. Il gagne encore en expressivité avec le Salve Regina, le timbre est très particulier, très expressif. Sa voix mystérieuse nous envoûte juste par sa pureté.

L’ensemble Artaserse n’a pas à jalouser son « maître ». Il procure, avec une fougueuse force, un plaisir tout autant palpable lors de son interprétation du Concerto for strings and continuo RV 120.

Face à ce résultat si excellent, Philippe Jaroussky doit être l’un de ses auditeurs les plus sévères, pour un opus talentueux où rien n’est laissé au hasard. Même le livret cd jouit d’une présentation tout aussi soignée, tandis qu’un bonus, sous forme de DVD, retrace le chemin vénitien de Vivaldi ponctué d’extraits de ce présent enregistrement.

Jean-Stéphane Sourd-Durand


Concert les 22 novembre à Thonon-les-Bains, 24 à Lyon (Chapelle de la Trinité), et le 19 décembre à Paris, Théâtre des Champs-Elysées.