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2015 : Belle & Baroque

Publié dans : Actualités - Edito
22 janvier, 2015

Belle & Baroque

 

Fontaine des Quatre Fleuves à Rome (détail) © Muse Baroque, 2014

Fontaine des Quatre Fleuves à Rome (détail) © Muse Baroque, 2014

Alors que la France est en deuil face au terrible attentat qui témoigne que la liberté d’expression et celle de la presse demeurent un combat permanent, et bien que la Muse vive dans une sphère privilégiée, relativement éloignée des soubresauts politiques et des tensions religieuses, nous nous attacherons à cultiver notre liberté de ton et de pensée, sans diffamation ou discrimination d’aucune sorte, mais sans bâillon.

Il est toujours difficile de se remémorer une année qui passe, car le temps moderne est de celui qui s’efface après que les évènements se sont joués, à la manière d’un inoffensif menuet. Alors que les cancaniers se remémoreront le vaudeville d’un monarque républicain en scooter, les diplomates le retour d’une Guerre de Crimée de laquelle les Européens préfèrent se détourner, les Européistes la résurgence de braises dangereuses et les velléités écossaises, les sportifs un trophée mondial arraché Outre-Rhin, les cinéastes la disparition de la femme fatale du Grand Sommeil, que retiendrons-nous de ces 365 jours d’un monde ébranlé, attaqué par le fanatisme, nous autres mélomanes et musiciens, poètes et rêveurs, amateurs du beau, psychologues en herbe de paladins et de princesses, chercheurs d’un ailleurs enchanté, nostalgiques d’une Belle-Epoque voire d’un Ancien Monde fantasmé ?

S’il fallait un concert, il faut bien choisir Rameau car ce fut son année, avec des réalisations souvent mitigées mais intéressantes comme la Platée Karl Lagerfeldesque de Carsen / Christie, ou le Castor & Pollux poétique et brutal du couple Kosky / Haïm, en oubliant hélas le très poétique Siroe de Hasse donné en novembre à Versailles et paru chez Decca, sous la baguette de Petrou. S’il fallait un CD, ce serait l’Orfeo d’Andrew Parrott, qui donne des débuts officiels de l’opéra une vision infiniment murie et personnelle. Mais les figures de proues et autres têtes de gondoles se révèlent bien réductrices, tout comme l’intégralité de nos articles.

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Ancien bandeau de la Muse, pour un moment de nostalgie

2014 pour la Muse aura été une grande année. Celle du Grand Dessein, celle du changement, de la mue, d’une certaine maturité et modernité, d’un équilibre toujours fragile. Je vous l’avais déjà présenté lors de l’inauguration de septembre, de ce passage rendu nécessaire par l’avancement des technologies et la volonté de vous offrir un parcours refondu, plus riche, plus réactif, en un mot plus aisé. Abattant les vieux corridors charmants mais statiques et reconnaissons-le bien désuets, nous avons avec l’aide de notre « webdesigner » amorcé la Nouvelle Muse. D’autres ailes et dépendances s’y grefferont comme un palais en perpétuel chantier, mais l’armature est là, et quelle armature ! Ce chantier de très longue haleine, qui s’est étalé sur plus d’un an et demi, se heurtant à de nombreux monstres techniques, a mis votre patience – et nos équipes – à rude épreuve. Mais le résultat est là, sur vos écrans, vos ordinateurs, vos tablettes, vos téléphones où la Muse vous accompagnera, chroniqueuse attentive et souriante, maîtresse discrète mais présente, écrivaine publique de la Musique à la lyre éloquente.

Muse Baroque, c’est un travail d’équipe. Et rappelons-le d’une équipe de bénévoles qui plus est : musiciens, musicologues, doctorants, professionnels du monde de la musique et des arts, discophiles, tout simplement baroqueux et amis.  Qu’ils soient ici très chaleureusement remerciés pour leurs contributions, pour leur personnalité entière, pour leur passion, pour cette chaleureuse complicité, ce plaisir renouvelé du partage et de la découverte, cette bienveillance – oui disons le mot même s’il paraîtra audacieux pour des critiques musicaux – envers les artistes dont nous souhaitons vous relater les grands moments mais aussi les déceptions. Vous aurez observé que la croissance de notre revue s’est doublée de celle de nos journalistes, quand bien même nous souhaiterions être encore plus à même de vous faire voyager de concerts en CDs, d’un bout à l’autre de l’Europe, des époques (avec des limites, cela va de soi), des styles et des répertoires. Elle s’est aussi accompagnée d’une ouverture accrue aux arts baroques, aux expositions, à la littérature, aux tableaux, aux objets d’art. Car la Musique n’est qu’une Muse qui vit avec ses compagnes, que les éclats perlés du luth élisabéthain se comprennent mieux dans un cabinet aux sombres boiseries plutôt que dans un hall de verre, et que les arts se nourrissent souvent entre eux.

Muse Baroque, ce sont évidemment nos lecteurs, vous sans qui nos écrits, billets, articles, seraient autant de bouteilles désespérées à la mer, autant de notes étouffées. Votre curiosité, votre fidélité, votre approbation ou votre sens de la polémique et du débat font vivre la discussion, animent le débat, cultivent un art – très baroque – de la conversation érudite et agréable.

Version mésopotamienne du bandeau de la Muse

Version mésopotamienne du bandeau de la Muse

Alors pour 2015, quels sont nos projets ? La continuité et l’approfondissement après la révolution numérique. Poursuivre notre envol, s’étoffer, vous abreuver sans cesse. Les nouvelles rubriques (expositions, littérature) doivent trouver leur rythme et leur ton, certaines anciennes un peu trop délaissées dernièrement (les articles et documents d’époque) sortir de leur léthargie, les chroniques de concerts et CDs maintenir leur belle progression en garantissant en France et à l’étranger une sélection variée et ouverte, les brèves briller encore plus souvent, comme autant d’éphémères pépites. 2015 ne sera pas l’année du changement mais celle de la consolidation, de l’apprentissage de nos nouveaux outils et de leur développement.

Alors pour 2015, que vous souhaiter ? Une année surprenante, bouleversante, stupéfiante, riche, dense, audacieuse, souriante, poétique, rêveuse ; une année variée, contradictoire, paradoxale, mystérieuse, ténébreuse ; une année nostalgique, charmante, pudique, sautillante, jubilatoire, triomphale, grandiose, réjouie ? Certes. Tout cela à la fois, tout et son contraire, car la vie est telle. Non, faisons-fi de notre habituel lyrisme, de notre grandiloquence bouffie (protestation du public), de notre humour décalé (rires), pour vous souhaiter, au nom de toute l’équipe de la Muse, une année 2015 musicale à souhait, belle et baroque (applaudissements).

Vive la Musique, vive la musique baroque, vive la Muse !

 

Viet-Linh NGUYEN
Rédacteur en chef