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« What a sad fate is mine »

Muse4
31 décembre, 2009

Henry PURCELL (1659-1695)

« The Food of Love »


Paul Agnew (ténor)
Anne-Marie Lasla (basse de viole), Elizabeth Kenny (théorbe, guitare), Blandine Rannou (orgue, clavecin)

74′, Naïve, 2009. 

 

Voici « encore » venir un nouvel enregistrement d’airs de Purcell, entrecoupés de pièces instrumentales de Corbetta, Simpson et De Visée, où l’on retrouve Paul Agnew entouré de musiciens émérites. L’ancien haute-contre (ténor aigu) – autrefois souvent loué pour ses interprétations de tragédies lyriques et motets français – fait ici montre d’une tessiture nettement plus grave, voire douloureuse. Le « If music be the food of love », généreux et large, laisse percevoir une émission imprécise et un vibratello constant qui se confirment dans les pièces suivantes, défauts compensés par le timbre doux et le phrasé élégant de l’artiste. Les airs tristes ou lents en deviennent touchants et crépusculaires, en particulier le velouté « What a sad fate is mine », les passages plus enlevés, trop flous, peinent à convaincre (« Ah! How sweet is love », « If she flies me »). Il règne comme un parfum de crépuscule sur ce récital, de « Solitude », du lent abandon d’une civilisation qui a conscience de sa décadence. Derrière les mesures sinueuses et le son grainé et soupirant de la viole d’Anne-Marie Lasla, les deux versions du « O Solitude » exhalent son désespoir et en répète les malheurs drapé dans une détresse digne et sans pleurnicheries.

Aux côtés du chanteur, le continuo se révèle complice et de premier ordre, avec la guitare chantante d’Elizabeth Kenny (« Man is for the woman made ») qui peut dévoiler sa poésie simple dans le « Caprice de Chacone » de  Corbetta, égrener les minutes au théorbe dans le « The fatal hour come on apace ». De même, les combinaisons de sonorités n’ont pas conduit à inclure trop souvent le soutien du clavecin ou de l’orgue, afin de conserver une atmosphère aérienne ou feutrée. On n’apprécie que mieux le toucher nuancé et fleuri de Blandine Rannou, par exemple dans « O! Fair Cedaria », « Not all my torments » ou l’ironique « When I first see Aurelia’s eyes ».

La réussite de ce programme réside dans la cohérence tonale de ses enchaînements, et son climat brumeux, certes varié si l’on considère les airs sélectionnés, mais plutôt tourné vers la nostalgie que la taverne. Il faut bien avouer à regret que les capacités vocales de Paul Agnew ne lui autorisent plus la même virtuosité qu’auparavant, que l’émission est plus confidentielle et voilée, les aigus un peu tirés. Qu’importe quand la musicalité est au rendez-vous, et quand ces réserves deviennent autant d’atouts soulignant la finitude de l’homme.

Alexandre Barrère

Technique : captation avantageuse, proche du soliste et des instrumentistes, manquant parfois de liant.